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Communication / Correspondance...
...avec Mme Viviane Reding, membre de la Commission européenne,
responsable de l'éducation et de la culture.

Pendant la séance sur la diversité culturelle, le 13 janvier 2004, Mme Reding s'exprimait comme suit:
"(...) Nous avons élaboré notre plan d'action relatif aux langues, sur la base de ce multilinguisme, justement, et permettez-moi de vous dire que le multilinguisme inclut nos langues qui ne sont pas officielles, mais sûrement pas l'espéranto, parce que nous avons assez de langues vivantes qui sont en difficulté pour créer, à côté de cela, des langues artificielles. (...)"


2ème message


----- Original Message -----
From: "Claude Piron" <c.piron(chez)bluewin.ch>
To: <Sylvia.Vlaeminck(chez)cec.eu.int>
Cc:<Teresa.ROMANO(chez)cec.eu.int>;
<viviane.reding(chez)cec.eu.int>
Sent: Tuesday, February 24, 2004 12:41 PM
Subject: multilinguisme


Chère Madame,

J'ai lu votre réponse à mon message avec beaucoup d'intérêt et d'attention.

Je peux en reprendre tous les éléments à mon compte:

>L'Union Européenne est née comme espace multilingue et multiculturel et a >fait de l’unité dans la diversité sa devise.

C'est bien ce que je vous disais: je suis partisan du multilinguisme et du respect de la diversité culturelle. L'unité dans la diversité est un objectif auquel je souscris sans réserve.

>La Commission européenne promeut le multilinguisme non seulement comme
>élément essentiel du patrimoine multiculturel européen, mais aussi comme
>instrument fondamental pour la connaissance et la compréhension mutuelle
>entre citoyens de l’Union et pour une véritable liberté de circulation et
>d’établissement. Notre ambitieux objectif est que chaque citoyen européen
>puisse apprendre au moins deux langues en plus de sa langue maternelle.

C'est ce que je disais, puisque je parlais d'un moyen d'amener les Européens à connaître les langues les uns des autres.

Alors, je me pose une question. Puisque nous sommes tout à fait d'accord sur l'objectif, pourquoi ne répondez-vous pas à mon message? Pourquoi passez-vous sous silence mon témoignage et ce qu'il pourrait apporter pour rapprocher la réalité de cet objectif?

On peut faire plusieurs hypothèses.

1. Vous ne l'avez pas lu.
Si c'est le cas, il serait plus honnête, plutôt que de répondre à côté du sujet, de dire quelque chose comme "Nous recevons tellement de messages que nous n'avons pas le temps de tout lire. Veuillez nous excuser."

2. Vous l'avez lu mais ne l'avez pas accepté.
Si c'est le cas, il serait plus honnête, plutôt que de répondre à côté du sujet, de dire: "Nous avons pris connaissance de votre proposition, mais elle est inacceptable pour telles et telles raisons". Evidemment, pour répondre comme cela, il faudrait que vous ayez des raisons valables de refuser ma suggestion. Remarquez que celle-ci ne remet absolument pas en question notre but, qui est identique: le multilinguisme, l'Européen polyglotte. Elle propose simplement un meilleur moyen d'y parvenir que ceux qui sont adoptés pour le moment, et dont il est facile de contrôler qu'ils ne mènent pas au multilinguisme, ni à l'Européen trilingue, mais à un quasi-monopole de l'anglais. Permettez-moi d'attirer votre attention sur mon exposé "L'Européen trilingue -- Un espoir réaliste?", présenté lors d'un colloque organisé à Bordeaux par le Goethe-Institut en mars 2001, dont le texte figure dans l'ouvrage du Prof. Robert Chaudenson (réd.) L'Europe parlera-t-elle anglais demain? (Paris: L'Harmattan, 2001), pp. 93-102.

3. La Commission a secrètement décidé de faire de l'anglais l'unique moyen de communication entre Européens. Ne pouvant l'avouer sans provoquer un tollé, elle défend en paroles le multilinguisme, mais évite soigneusement d'étudier les moyens éprouvés qui le promeuvent en pratique. Elle sait qu'un moyen de communication est indispensable, et que, dans l'esprit des citoyens, l'anglais est devenu incontournable. Il suffit donc de ne rien faire pour atteindre l'objectif secret, qui correspond à une politique anglo-saxonne explicitement définie (voir les ouvrages de Robert Phillipson, notamment Linguistic Imperialism, Oxford: University Press, 1992, où cette politique est décrite et documentée).

Si c'est le cas, il serait plus honnête, plutôt que de répondre à côté du sujet, de dire: "Notre défense du multilinguisme nous est dictée par des considérations de popularité, mais notre politique réelle est l'unité sans diversité: elle vise à l'expansion de l'anglais, et à la décadence de l'apprentissage des autres langues."

4. (J'ai hésité à formuler cette dernière hypothèse, craignant qu'elle soit trop contraire aux exigences de la courtoisie. Ce ne serait toutefois que vous rendre la monnaie de votre pièce. En effet, c'est transgresser les règles de politesse communément admises que d'adresser à un correspondant un message qui fait semblant d'être une réponse mais qui, en fait, ne répond à rien. Vous pouvez, bien sûr, voir dans cette quatrième hypothèse surtout de l'humour). A la Commission, on est illettré. Dans les études statistiques sur l'illettrisme, pour dépister les personnes qui souffrent de ce handicap, on leur soumet un texte puis on leur demande de le résumer, ou on pose quelques questions à son sujet, de manière à vérifier que le texte a été compris. La réponse que vous m'avez adressée est typique d'une réponse d'illettré: peut-être avez-vous réussi à la lire, mais vous n'en avez pas saisi le sens. Dont acte.

Je me permets de vous signaler que dans les mois qui viennent je donnerai une série de conférences sur le multilinguisme en Europe, par exemple le 14 mai à Angers, le 14 juin à Clermont-Ferrand, le 8 octobre à Vienne (Autriche), le 14 octobre à Genève, etc. Je me propose de donner lecture de ma lettre et de votre réponse. Je laisserai au public le soin de décider laquelle des hypothèses précitées explique l'étrange réponse que vous m'avez adressée. Il va sans dire que quand je dis "vous", il ne s'agit pas de vous personnellement, Mme Vlaeminck. Je suppose que vous faites ce qu'on vous dit de faire sans avoir le choix. Je veux dire "ceux qui, à la Commission, décident d'adresser aux citoyens ce genre de réponse-bidon".

Veuillez croire, Chère Madame, à mes sentiments les plus cordiaux.

Claude Piron



Cliquez -ici- pour lire le 1er message adressé à Mme Reding.


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